Le Nymphée de Soufflot

La naissance du Nymphée de Soufflot 

Henri-Léonard Bertin DR
Henri-Léonard Bertin DR
Le dernier Seigneur de Chatou s’appelle Henri-Léonard Bertin (1720-1792). Intendant de Lyon, lieutenant général de police de Paris, contrôleur général des Finances puis ministre d’État et membre du Conseil d’État du Roi Louis XV durant de longues années, Bertin est un homme visionnaire. C’est lui qui a créé les premières écoles vétérinaires au monde, les premières écoles de boulangerie, d’agriculture et d’horticulture... Passionné par le développement de l’agriculture, il jette son dévolu sur le potentiel agricole des terres de Chatou, idéalement situées entre la Seine et Versailles. En 1762, il achète donc les deux seigneuries de Chatou et de Montesson. Bertin ne cesse ensuite de compléter ses acquisitions à Chatou jusqu’à constituer un immense domaine qui s’étend de l’actuel cimetière des Landes à l’île de Chatou ! Bertin fait réhabiliter le château et les jardins. Son domaine est d’ailleurs reconnu pour son très beau potager et sert la cause de l’agriculture, de l’arboriculture et de l’horticulture.

Mais Bertin veut plus : il veut doter son jardin d’une œuvre originale et pérenne. Il veut un ouvrage ingénieux et de bel agrément dans le style des parcs de la Renaissance. Et il veut aussi que cette construction recueille les eaux de ruissellement issues de sa pièce d’eau creusée un kilomètre plus haut, aujourd’hui située dans la Villa Lambert.

Jacques-Germain_Soufflot DR
Jacques-Germain_Soufflot DR
Il s’adresse alors à l’architecte français Jacques-Germain Soufflot (1713-1780) qu’il a connu à Lyon lorsqu’il exerçait la charge d’Intendant de cette ville. Ces deux hommes, sous la protection de Madame de Pompadour, vont alors réaliser ensemble un édifice exceptionnel : le Nymphée de Soufflot.

Un nymphée est la maison d’une nymphe !

Pour la construction de l’ouvrage, Soufflot trouve son inspiration dans ses souvenirs et dans l’évocation des Nymphes.

Les Nymphes – dont le mot en grec se traduit par jeunes filles ou fiancées –, sont de gracieuses déesses que les Grecs croyaient rencontrer dans les montagnes, près des rivières et des sources. Elles répandaient l’eau salutaire au moment du renouveau et habitaient dans des grottes. L'une d'elles, poursuivie par le Dieu Pan, lui échappa en se réfugiant dans une grotte et en se transformant en source. C’est ainsi que les grottes naturelles ou artificielles avec de l’eau sont devenues des sanctuaires consacrés aux Nymphes et ont pris le nom de « Nymphée ». On prêtait d’ailleurs aux eaux qui en jaillissaient un effet curatif.

L’architecte Soufflot a donc imaginé une grotte dédiée à une Nymphe autour de deux éléments audacieux : une longue voûte en forme de coquille adossée à un talus et un décor avec des incrustations de minéraux, de pierres meulières, de coquillages, de scories et de résidus de fonderie que le ministre Bertin avait à sa disposition.

Cette conception originale, supportée par 18 colonnes disposées en demi-cercle, donne un éclat particulier au Nymphée de Chatou.

Elle le situe aujourd’hui comme un élément majeur de l’art décoratif français dans les jardins à la fin de l’Ancien Régime. Mais cette construction édifiée entre 1774 et 1777 n’est pas que décorative, elle joue également un rôle utilitaire avec son système d’irrigation des eaux environnantes. Ce Nymphée est donc tout simplement unique par sa dimension (près de 30 mètres), son jeu chromatique inédit et ses prouesses techniques… et c’est aussi un des rares Nymphées encore existants en France !

Péril en la demeure 

La propriété que Bertin a mis plusieurs années à réaliser a été détruite et morcelée avec le temps. Classé monument historique le 4 juin 1952, le Nymphée est actuellement sur une propriété privée. Grâce à son emplacement retiré et protégé et grâce aux procédés novateurs utilisés par l’architecte, le Nymphée a résisté au temps, mais il est actuellement en danger. L’architecte spécialisé dans la rénovation de bâtiments historiques est alarmiste. Il pense que le Nymphée peut subir de graves dommages à tout moment et que les travaux de restauration – qu’il estime à 2 ans minimum – sont vraiment urgents.

Car outre la dégradation visible des colonnes, il faut aussi restaurer tout le système interne de récupération des eaux pour remettre le bassin en eau… sachant que la dernière restauration remonte à 1967 !

   

  • Nymphée de Soufflot ©Christel Pigeon
  • Nymphée de Soufflot intérieur
  • Nymphée de Soufflot
  • Nymphée de Soufflot fontaine @ Christel Pigeon
  • Nymphée de Soufflot