[Rencontre] Lorraine Fouchet

Catovienne depuis peu, Yvelinoise depuis toujours, la romancière sort son 19e livre « Poste restante à Locmaria ». Rencontre avec un écrivain optimiste qui soigne par les mots.

Publié le 12 avril 2018

Lorraine Fouchet...

Lorraine Fouchet
©Philippe Matsas/Leemage/Editions Héloïse d'Ormesson
Elle va à l’école à Copenhague, Londres, Paris, et Neuilly-sur-Seine où elle est née. Son père décède d'un infarctus alors qu'elle a 17 ans et vient d'obtenir son baccalauréat. Elle était inscrite en faculté de droit à Nanterre, mais comme la veille de sa mort il lui dit que médecin est le plus beau métier du monde, elle change d'orientation et s'inscrit en faculté de médecine au CHU Necker-Enfants malades.

Elle a été pendant quinze ans médecin d’urgence au SAMU de Paris, à Europ Assistance et à SOS Médecins Paris, avant de se consacrer à l'écriture. Elle se partage entre les Yvelines et Chatou, l’île de Groix au large de Lorient et Rome. Son dernier roman « Poste restante à Locmaria » est sorti le 5 avril. Chatou a une place non négligeable dans cette histoire.

"La vie est trop courte pour être petite ! "

Lorraine Fouchet c’est d’abord une voix. Une voix chaleureuse, profonde, séduisante comme le sont ses romans et son histoire… Elle a été médecin d’urgence – enfin elle est médecin – car pour elle « prêter le serment d’Hip­pocrate, c’est le faire pour toujours ». Elle a aimé ce métier de contact qui lui a permis de sauver ou de rassurer. Mais ce qu’elle a toujours voulu faire, c’est écrire pour sauver des âmes ou tout au moins leur donner l’énergie nécessaire pour aborder les chemins parfois rocailleux qui parcourent une vie.

Elle est devenu médecin pour faire plaisir à son père, elle est aujourd’hui écrivain pour elle et pour ses lecteurs, pour raconter des histoires, comme l’ont fait St-Exupéry, l’ami de son père, ou encore Malraux, Maurois et Mauriac qu’elle côtoyait enfant. « Raconter des histoires c’est continuer à jouer avec les amis de papier des livres », dit-elle. Elle se souvient qu’en rentrant de l’école dans la maison familiale toute habitée de la grandeur d’un père - Christian Fouchet, rallié à la France Libre le 17 juin 1940, ambassadeur et ministre du général de Gaulle de 1962 à 1968 - aussi aimant qu’impressionnant et d’une mère qui fut résistante et journaliste, alors qu’il n’y avait plus d’autres enfants pour échanger, il y en avait encore car elle les inventait. Elle a commencé à écrire dès l’âge de 7 ans, a proposé ses livres aux éditeurs à 18 ans et sera publiée à 29 ans.

Regarder la vie 

Ce qui est marquant lorsque l’on échange avec Lorraine Fouchet – et c’est certainement le plaisir qu’y trouvent également ses lecteurs lorsqu’ils vont à sa rencontre dans les nombreux salons du livre qu’elle fréquente – c’est son optimisme, sa chaleur naturelle, son parler vrai, direct et son regard sur la vie. Dans un monde bouleversé, précaire, les gens ont besoin de rêve, de beauté et d’émotions. Elle cite la peinture, la musique, la photographie comme sources de belles rencontres. Mais le livre, selon elle, permet d’aller plus loin, « d’aller au-delà de ce que l'on est ». C’est l’invitation qu’elle lance à ses lecteurs. En les aidant à traverser le papier elle tente de les épauler, de leur donner le peps dont ils ont besoin.

Écrire des histoires

Lorraine Fouchet écrit des histoires qui font du bien. Elles donnent de l’espoir et soulignent l’importance de l’amitié, de l’amour et de la solidarité. C’est sa manière à elle de soigner autrement. « La vie finit toujours mal, mais tant qu’elle dure, nous avons le choix de la danse et de la musique. C’est pourquoi, j’aime les livres qui finissent bien… » Précise-t-elle.

L’important pour elle c’est d’avoir l’existence que l’on veut et d’en faire quelque chose.

Avoir été médecin, écrire des histoires « c’est avoir une vie qui n’est pas petite » en ce sens que « c’est faire de mon mieux ce que je sais faire ». L’année de ses 40 ans, alors qu’elle était de garde à SOS Médecins comme urgentiste, elle rédige le certificat de décès de Marguerite Duras. Le soir même, elle décide de raccrocher définitivement son stéthoscope et d’utiliser la plume comme seul instrument. Médecin ou écrivain, elle est la même personne car « l’on n’est jamais que la somme de ses expériences ». Celle qu’elle vit aujourd’hui est la plus belle, car cette femme est une femme inscrite dans son époque. Elle invente ce qu’elle veut. Elle dessine un décor, y fait naître des personnages et comme une marionnettiste, les voit évoluer sous les yeux de son crayon. Mais une fois le point final posé, une fois édité, tout cela ne lui appartient plus. C’est la magie du livre « qui appartient alors à celui qui le lit ».

Aimer 

Elle aime les gens cela se voit, cela s’entend. Elle aime prendre le temps de la rencontre et de l’écoute. Ses lecteurs ne s’y trompent pas. Ils lui sont fidèles. Elle aime encore en vrac « les animaux, les yeux clairs, la Bretagne – particulièrement l’île de Groix où elle a trouvé une force, une âme utile à son écriture – la Corse, l’Italie, les USA, les îles, les phares, la mer, nager, le bleu, les ports, les vieilles maisons, les hamacs, les hortensias, les roses, les crocus et les camélias, le cinéma, les séries télé, la photographie, le symbolisme, les voyages, le jazz, le saxophone, le champagne, le vino bianco frizzante, le café à la vanille ou à la cannelle, le chocolat au piment ou au gingembre, les feux de bois, les amis inconditionnels, les moelleux au chocolat, la musique classique, l’idée d’habiter de l’autre côté d’un pont – comme un lien entre deux environnements, deux mondes imaginaires ou réels. Elle aime aussi les Yvelines, sa qualité de vie, la beauté de ses paysages et Chatou où il fait bon vivre, où les gens se disent bonjour et où il est possible de faire son marché toutes les semaines… « Je trouve une intensité en Bretagne et une harmonie dans les Yvelines », confie-t-elle. Elle n’écrit ni pour elle, ni sur sa vie, mais la manière qu’elle a de raconter en dit long sur cette romancière pour qui il est important de prendre dans la vie de chacun ce qui est universel et qui peut intéresser les autres.

Poste Restante à Locmaria 

Couverture Lorraine Fouchet
Son écriture est à la fois rythmée, incisive, comme si elle avait conscience d’une urgence, tout en étant harmonieuse. Son nouveau roman en témoigne. « Poste restante à Locmaria » parle d’espoirs, d’amour, de tendresse, de l’image du père pour une jeune fille de 26 ans qui découvre que celui qu’elle n’a pas connu, et dans le culte duquel elle a été élevée, en cache peut-être un autre. Elle résume son livre à sa manière : « Chiara est romaine. Gabin est corse. Charles vient de Chatou. Dider, Rozen, Urielle, Oanelle, Perig, Azilis, Bren- dan, Kilian, Pat et Mimi, Loïc, Bethy, sont groisillons. Il y a des factrices et des boîtes aux lettres, des vélos, des chiens, des rires et des larmes, des sur- prises et des joies, des familles, des secrets, de l’amour, la vie, en somme ! ». Il nous parle d’une quête, de la recherche des racines, de fi délité, de loyauté et de transmission. Autant d’ingrédients, essentiels pour la romancière, avec lesquels elle joue comme si elle préparait en s’amusant un bon repas pour des amis. Si l’écriture, selon elle, est le début de tout, aussi bien d’une grande œuvre littéraire que d’un jeu vidéo, d’un fi lm ou d’un manga « car à la base il y a quelqu’un qui pose des mots pour définir un cadre et une histoire », l’important est bien d’accomplir ses rêves. En effet, un rêve accompli en appelle d’autres ! Et ce sont bien ses rêves qui lui permettent d’affronter la solitude et le vide qui lui font peur, comme l’absence de ceux qu’elle aime. Ses personnages prennent des risques, ils osent, quitte à se casser la figure, mais elle est toujours là pour les sauver dans un élan rédempteur et résilient qui lui est cher. Rencontrez Lorraine Fouchet c’est à la fois connaître la recette du cake au romarin et apprendre pourquoi elle s’appelle Lorraine…

Christophe Ragué. 

Bio Littéraire express : 

  • Jeanne, sans domicile fixe (inédit J'ai Lu 1990)
  • Taxi Maraude (inédit J'ai Lu 1992)
  •  De toute urgence (Flammarion 1996, prix Littré du Groupement des Écrivains Médecins 1997) et J'ai Lu
  • Château en Champagne (Flammarion 1997, prix Anna- de-Noailles de l’Académie française 1998) et J'ai Lu
  • Le Phare de Zanzibar (Flammarion 1998) et J'ai Lu
  •  Le Talisman de la félicité (Denoël, 1999)
  • 24 heures de trop (Robert Laffont 2002)
  • L'Agence (Robert Laffont 2003, prix des Maisons de la presse 2003) et J'ai Lu
  • Le Bateau du matin (Robert Laffont 2004) et J'ai Lu
  • Nous n'avons pas changé (Robert Laffont 2005) et J'ai Lu
  • Place Furstenberg (Robert Laffont 2007) et J'ai Lu
  •  Une vie en échange (Robert Laffont 2008) et J'ai Lu
  • Le Chant de la dune (Robert Laffont 2009)
  •  La Mélodie des Jours (Robert Laffont 2010) et J'ai Lu
  • Couleur champagne (Robert Laffont 2012)
  • J'ai rendez-vous avec toi (Héloïse d'Ormesson 2014)
  •  Entre ciel et Lou (Héloïse d'Ormesson 2016, prix Ouest 2016, Prix Bretagne - priz Breizh 2016, prix Les Petits Mots des Libraires 2017) et Livre de Poche (prix des Lecteurs U)
  • Les Couleurs de la vie (Héloïse d'Ormesson 2017) et Livre de Poche (avril 2018) Poste restante à Locmaria (Héloïse d'Ormesson avril 2018)